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Voyage au Sénégal 2017

- Si je vous dis « Sénégal », « Afrique de l’ouest », quelles sont les images et/ou les mots qui vous viennent à l’esprit ?
- Heu….Chaleur, savane, Paris-Dakar, djembé, percussions, Casamance, ….
- Parfait ! Et si maintenant je vous dis : « allons-y » ! Vous me dites… ?
- …YES !

C’est donc dans cet état d’esprit (ouverture, expérience, découverte) que j’ai emboité le pas au groupe d’étudiantes de 3NP de la HEFF (catégorie pédagogique) qui effectuait son stage à projet au Sénégal.


Quand on pose pour la première fois les pieds à Dakar, même dans la nuit, c’est le choc : chaos le long des routes, chorégraphie des moustiques, palabres avec les chauffeurs, … très vite, on est emporté par cette espèce de vertige qui vous prend quand le monde devient brutalement indéchiffrable. Et pourtant, tout avait été dit : l’Afrique, c’est l’école du lâcher-prise !

Le lendemain de notre arrivée, nous nous rendons sur l’île de Gorée, à quelques encablures de Dakar. Cette petite île est aujourd’hui un haut-lieu symbolique de la traite négrière. Même si, historiquement, d’autres comptoirs ont été plus actifs (comme Saint-Louis par exemple), l’île de Gorée est une des premières à avoir été reconnue par l’UNESCO comme patrimoine mondial de l’humanité. Nous visitons le musée consacré à la déportation des esclaves, et malgré la splendide lumière qui nous inonde, les chiffres, les images et les objets exposés nous font froid dans le dos... Mais Gorée est magnifique, et nous en garderons un très beau souvenir.

 

 

Après cette belle journée, nous montons vers le nord, où se trouve notre école de stage. Celle-ci est située à Dagana, qui borde le fleuve Sénégal et jouxte la frontière Mauritanienne. Dagana est une ville de 50.000 habitants, mais elle a toutes les caractéristiques d’un gros village : pas de véritable centre, des pistes plutôt que des routes, peu ou prou de commerces, des troupeaux de vaches au milieu de tout… bref, de l’altérité.

Nous passons quelques jours à observer le fonctionnement de l’école, séjournant dans le Centre Morgane situé juste à côté. Il s’agit d’une école à pédagogie Freinet….et quand la pédagogie Freinet s’implante dans une école sénégalaise, le concept est quelque peu … renouvelé ! Des classes bondées (entre 50 et 60 enfants), des méthodes « à l’ancienne » (la répétition, la répétition, la répétition…), des tableaux richement illustrés (ah, cette carte des anciens royaumes du Sénégal, dessinée à la craie !), un dénuement matériel qui nous laisse sans voix (parfois une seule gomme pour toute la classe), des sujets sans tabou (la mort, les accidents, les maladies), une gestion intimidante de la discipline, …bref, une école aux antipodes de ce que nous connaissons. Nos dix étudiantes sont aussi frappées par la responsabilisation qui est très tôt accordée aux enfants, leur manière de se présenter (et de vouloir à tout moment nous serrer la main !), leur enthousiasme pour chanter et danser et … la folle complexité des coiffures des petites filles.

 

 

Après cette mise en bouche pédagogique, nous reprenons la route de Thies pour le week-end. Au programme : une journée pour absorber le soleil sur une plage de la Petite Côte, une autre pour découvrir la réserve naturelle de la Langue de Barbarie. Mais de quoi s’agit-il? La langue de Barbarie est une étroite bande de terre qui s’étire au large de Saint-Louis. Né du dépôt des alluvions fluviatiles, ce cordon littoral sépare l’océan Atlantique du fleuve Sénégal jusqu’à son embouchure. Cette terre est aujourd’hui menacée par une brèche (crée par l’Homme) qui ne cesse de s’élargir. Le parc ornithologique de la langue de Barbarie abrite des milliers d’oiseaux, et c’est en pirogue que nous découvrons ce fascinant écosystème : mangroves, filaos, pélicans, flamands roses, sternes, hérons…c’est un régal pour les yeux. Nous concluons la journée dans un bar très sympathique tenus par des ...Belges !

 

 

Le retour à Dagana est interrompu par les classiques arrestations qui ponctuent tous nos déplacements : papiers du véhicule (il en manque toujours un …), intimidations, constat qu’on ne peut plus avancer, blocage…à moins que, …à moins qu’une solution à l’amiable ne puisse être trouvée (à l’abri du regard des toubabs). De manière implicite, il nous est signifié que le bakchich correspond à une forme de redistribution « naturelle » des richesses …. Et qu’il vaut mieux faire avec si l’on veut continuer notre route!

La semaine qui suit est consacrée au stage proprement dit. Cette fois, c’est du sérieux. Les défis sont nombreux : les étudiantes doivent s’adapter à un contexte très sollicitant, tant sur le plan physique que psychique. Il fait très chaud (on atteint les 45°) les classes sont surpeuplées et parfois très bruyantes, les plus jeunes enfants ne comprennent quasiment pas le français, certaines sujets imposés portent sur l’histoire du Sénégal (ah, cette leçon sur le Royaume de Cayor !), mais sous la férule de leur psychopédagogue Robert Levillez, nos étudiantes se débrouillent vraiment bien. Leur investissement fait plaisir à voir : en plus des cours, elles retroussent leurs manches pour animer une journée sportive sous la canicule, elles participent à une fançy fair, elles pratiquent chansons et corporythmies quotidiennement dans les classe, etc.

Enfin, elles organisent des jeux pour les petits talibés qui errent autour de l’école. Les talibés sont de jeunes garçons quasiment abandonnés par leurs parents, dont l’éducation est confiée à un Marabout. Celui-ci est chargé de leur enseigner le Coran. Ces enfants ne vont donc pas à l’école, et vivent plus ou moins de mendicité. Très touchées par leur situation, les étudiantes se sont prises d’affection pour eux et ont passé de nombreuses heures en leur compagnie.

La semaine se termine par un concert dans la cour centrale de l’école. L’ambiance est électrique, la température insensée, les enfants surexcités…tout cela est assez magique. A tour de rôle, chaque classe entonne le ou les chants appris avec leur(s) stagiaire(s), bientôt les professeurs s’y mettent et le tout se termine dans un chaos de cris de joie, de pleurs et d’adieux très émouvants.

Une fois notre mission accomplie, nous avons encore la chance de visiter un village Peul à proximité de Dagana, dans une magnifique lumière de fin d’après-midi.

  

Les derniers jours de ce voyage seront consacrés à d’autres découvertes très intéressantes, telles que le lac rose et sa récolte saline, la réserve de Bandia et ses girafes, etc.

De retour au pays, nous nous sentons toujours sous l’influence de ces émotions, couleurs, rencontres, paysages….mais le différentiel de température est bien là pour nous faire retourner à la réalité ! Pourtant, même si ce voyage n’a pas été de tout repos (et s’est révélé, par certains côtés, éprouvant), nous revenons heureux et métamorphosés par l’expérience.

Je terminerai donc avec cette citation de Nicolas Bouvier, qui résume assez notre sentiment aujourd’hui : « On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait » (Nicolas Bouvier, L’usage du monde).

Marie-Eve Ronveaux 
M-A en éducation musicale à la HEFF

 

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